J'ai visité récemment cette exposition de photographies énigmatiques.
Ce n'est certainement pas à la photographie que se destinait Mathieu Bernard-Reymond puisqu'il s'orienta en premier lieu vers les sciences politiques puis choisit la voie de l'histoire de l'art avant d'intégrer l'Ecole de Photographie de Vevey.
C'est l'artiste lui-même qui présentait son oeuvre et sa façon de travailler. Il utilise l'ordinateur qui rend tout possible comme outil de production et combine tecniques argentique et informatique pour créer des photographies surprenantes, reflet de la fracture du monde, des relations, d'une déshumanisation grandissante des lieux où l'homme se retrouve seul, isolé dans une civilisation pourtant vouée au culte de la prévision, de la prévention avec un avenir invisible.

Les oeuvres sont groupées en quatre parties :
- Disparitions
Ici, l'artiste, avec l'ordinateur contrôle la photo et l'ajuste à son but, s'éloigne de la réalité de ce qui a été capturé. L'image construite résulte de la sensibilité de l'auteur, de ce qu'il entrevoit de l'espace ou de l'architecture. L'image peut être modifiée, des éléments supprimés ou ajoutés pour assurer l'équilibre de la production.
- Vous êtes ici
Le personnage est le point de départ de la photo. Avec un logiciel utilisé en architecture et en urbanisme pour repérer les courbes de niveaux, l'individu ou une partie de celui-ci devient paysage artificiel où est il est placé en observateur de sa propre solitude.
- TV
Un soir, lors d'une promenade en ville, Mathieu Bernard-Reymond a eu l'idée de cette série en comprenant que nombre des lumières qui filtraient au travers des fenêtres étaient produites par les téléviseurs. Il est, et nous sommes aussi, de la génération télé ; rares sont ceux qui osent aujourd'hui nier leur rapport à l'écran et deux séries sont nées de ce constat :
- L'une où toutes les fenêtres des immeubles sont remplacées par des captures d'écran,
- L'autre où des personnages issus de fiction sont déplacés dans des paysages fixes
- Monuments
Cette série en noir et blanc reflète l'impact des marchés financiers sur le monde d'aujourd'hui et les scènes sont volontairement déshumanisées. Les courbes boursières, les représentations schématiques des statistiques deviennent des sculptures, des constructions architecturales des volumes qui prennent poids dans des paysages naturels.
"Des mondes possibles" désertés où l'homme, s'il est présent, demeure seul suscitent inquiétude et pessimisme mais le pouvoir de ces images-là d'un monde recréé par Mathieu Bernard-Reymond pousse à la prise de conscience d'une éventuelle réalité.
