
Grâce à Polyphonia, assocation organisatrice de manifestations musicales, Laurent Terrenoire, un passionné, était à l'honneur récemment au Creusot. Le samedi 21 novembre, il assura, sachant parfaitement susciter l'intérêt de son auditoire, une conférence sur la musique savante contemporraine avec l'audition d'oeuvres de quelques compositeurs nés après 1930. Au cours de celle-ci il dévoila sa démarche, les motivations de son expression musicale et l'orientation donnée à son oeuvre. Dimanche 22 novembre, lors d'un concert exceptionnel de flûtes traversières, il créa deux de ses oeuvres en digeant les élèves flûtistes de plusieurs écoles du département pour "La Quête difficile d'un trésor intérieur" et, pour "Horizons aperçus", l'ensemble Ad Libitum du Conservatoire de Dijon, ensemble qui peut s'enorgueillir d'un rayonnement international.
Laurent raconte : Vie en musique
Né le 12 mai 1977 à Chambray-les-Tours. Emménagement à Montceau-les-Mines en 1979.
6 ans, un ami de la famille joue de la batterie dans un jazzband, possède un piano, instrument qui m'attire et que je souhaite apprendre. Premières leçons chez Madame Sanchez, premières bases solides, classiques et efficaces qui me permettront de devenir surdoué en solfège.
10 ans, inscription à l'Ecole municipale de musique de Montceau. Jean Tétard continue ma formation pianistique, m'initie au jazz et à Bach. Gilles Rougemon, Pascal Meunier et Daniel Ribolet ne se plaindront jamais de mon niveau en solfège, bien au contraire...
13 ans, Roger Nectoux m'invite à choisir un deuxième instrument, ce sera un peu de clarinette avec Gilles Rougemon (4 ans), puis je rejoins Pascal Meunier au Big Band de Montceau (pendant 4 ans aussi), grande aventure, multiples concerts, voyages et Premier Prix du concours de Sérézin-du-Rhône.
13 ans : le Choc. Une cassette achetée au hasard à Besançon : les oeuvres pour orgue de Bach. Je serai compositeur, je serai musicien. Depuis ce jour, je ne cesserai jamais de me cultiver : collection de disques et de partitions.
15 ans, changement de professeur de piano sur les conseils avisés de Pascal Meunier, Anne-Catherine Garnier m'apprend tout simplement la musique : les voix, le timbre, la forme, la conduite des phrases... Découverte de la musique de chambre et des rouages de la profession grâce à Philippe Forget.
17 ans, le baccalauréat : fin de la clarinette, fin du big band (et du tennis). Je me consacre à la composition (commencée à 13 ans), au solfège, je mets déjà un pied au consevaoire de Chalon-sur-Saône, et au piano à Montceau. Jean-Luc Girard me prodigue de judicieux conseils de compositeur au stage de Beaune, Patrick Xolin m'apprend l'accompagnement. Durant cette saison, je reviens de Lempdes avec un Premier Prix d'encouragement à la composition pour un quatuor de clarinettes composé pour la circonstance en quelques semaines.
18 ans, obtention du bac scientifique, obtention de ma Médaille d'Or de solfège, 40 oeuvres composées, un dernier conseil bienveillant de la part de Pascal Baudrillart avant le début de mes études supérieures à Chalon-sur-Saône.
Deux mots sur mes professeurs : gentillesse et excellence.
Ma volonté de composer me conduit en priorité dans la classe d'analyse. Eugène de Montalembert m'instruira sur d'innombrables sujets pendant quatre ans, et ne cessera de m'encourager à composer (avec beaucoup d'abnégation et de patience car je le sollicitais souvent). Philippe Cambreling, alors directeur du Conservatoire m'apprend à diriger un orchestre. Quel fabuleux programme en trois ans : Bartok, Strawinsky, Mahler, Mozart, Beethoven, Ligeti... et des oeuvres que l'on pouvait apporter soi-même : ce sera pour moi Pelléas et Mélisande de Fauré. Entre deux blagues, Christian Le Mounier se chargera de ma formation en écriture, contrepoint et orchestration. Enfin, Valérie Pley fera de moi un pianiste accompagnateur (déchiffrage, transposition...), et se fera remplacer par Charles Bouisset qui me prodiguera le conseil ultime du misicien : "Il est un fait que tu entends la musique ! A toi donc de chercher pour obtenir techniquement ce que tu entends." Il m'initiera aussi à la phénoménologie musicale qu'il est lui-même allé apprendre auprès de Celibidache.
Un petit tour dans le studio capitonné de musique électronique, vaincu par la machine (30 minutes pour me rendre compte qu'il fallait appuyer sur "on"), compensé par la présence de merveilleux professeurs : François Bertrand, Christine Groult et Nicolas Vérin. Improvise un an sous la direction de Jean-Jacques Bénailly. Découvre courtoisement un monde différent et mal aimé (Cage, Boulez, Crumb...) avec Dominique Clément, qui s'inquiétera beaucoup de ne plus me voir composer et me rassurera d'autant avec une immense sympathie.
20 ans, l'étudiant compose logiquement Horizons Cherchés. Dans le même temps, disparaissent définitivement les "oeuvres de jeunesse". Plus tard (2008), quelques résurrections à das fins pédagogiques et archéologiques.
22 ans, année faste : obtention de mes diplômes : DEM d'analyse, DEM d'accompagnement, et DE de formation musicale. Prise de conscience aussi que le monde du travail ne sera pas simple. Découverte de la littérature. Composition de 3 poèmes de Jacques Prével, créé à Beauvais par Charles Bouisset et Pierre-Yves Pruvot.
Entrée dans le monde du travail : CDD, temps partiel, remplacements ; bref, le chemin habituel de la majorité des professeurs de France... encore aujourd'hui. Divers emplois... divers lieux... et quelques concerts, surtout avec Vincent Thomas, heureuse rencontre. "Comme un poisson dans l'eau" lors de mes conférences à l'UTB. En fil rouge, entre les longues périodes de doutes, la composition. Les Arbres de la Verrerie, Seul avec les nuages, Horizons aperçus... et des projets Prisonnier des glaces, Tant de larmes retenues...
Et un rêve d'enfant : l'orgue. Depuis quelques années maintenant, je ne me lasse pas d'en jouer en compagnie de Pascal Sabot, professeur et collègue, ami et interprète.
L'avenir ? Un rêve d'adulte : que mes oeuvres favorites (elles sont nombreuses) soient interprétées au centre de la Saône-et-Loire... Ce rêve pourra peut-être voir le jour... 32 ans, obtention du diplôme d'état de direction d'ensembles instrumentaux avec option orchestre symphonique. Heureuse surprise, je n'avais pas dirigé d'orchestre depuis 10 ans ! La seule expérience de l'âge fut décisive dans ce cas.