En cette saison d'abondance des festivals, dans l'enceinte du château, se tiennent les Rendez-vous de Cormatin où indigènes et touristes se précipitent pour leur plus grand plaisir. C'est un lieu enchanteur qui vous place hors du monde, hors du temps, dans l'immuable avec un sentiment d'éternité. Les spectacles sont de qualité, l'accueil excellent et l'organisation parfaite.
Je suis arrivée en avance pour assister à la représentation de Lorenzaccio d'Alfred de Musset dans l'intention de profiter du cadre du château et des jardins désertés par les visiteurs à cette heure tardive. Dans ce lieu on se laisse gagner aisément par un apaisement singulier, une immense sérénité dont on craint d'être réveillé. De place en place, on est invité à s'installer pour quelques moments de bonheur.
On ne connaît jamais la déception lors de ces spectacles donnés par le Studio d'Asnières.
Le drame de Musset, Lorenzaccio, propose une vue de l'homme sous un bien mauvais angle. On y joue de l'intrigue, de la trahison, du goût du pouvoir, du vice. La vertu n'a d'autre but que de déguiser la nature humaine foncièrement mauvaise. On cherche en vain quelque espoir dans cette vision pessimiste, désenchantée de l'humanité où l'idéal jstifie le crime.
Il y a eu Vaches noires de Daniel Besnehard. Les deux protagonistes, une mère et son fils se retrouvent après une longue séparation. Elle réside depuis peu dans une maison de retraite en Normandie. L'attachement de l'un pour l'autre est manifeste et se renforce, dirait-on, au fur et à mesure de l'évocation des souvenirs. Les souvenirs communs dont chacun a une interprétation différente, les souvenirs de la mère, un passé que le fils ignore et découvre. Leurs liens s'en trouvent renforcés. Le fils qui avait volontairement fui cette mère au caractère trop fort reviendra près d'elle pour mieux l'accompagner dans sa vieillesse et s'enrichir de son histoire.
Puis, au Théâtre de verdure ce fut L'Ile des esclaves de Marivaux. A la suite d'un naufrage, deux aristocrates, homme et femme, échouent sur une île peuplée d'anciens esclaves qui ont pris le pouvoir et imposé la servitude à leur maître. Les nouveaux arrivants contraints de se conformer aux lois du lieu, échangent leur position, leur nom, leurs vêtements. Toute en comédie, les idées provocatrices s'efforcent de montrer que des relations plus équitables entre maîtres et valets sont difficiles à établir. Les maîtres sont paresseux, orgueilleux, coléreux et les valets bavards, envieux, moqueurs. Pour finir, chacun reprend sa place en ayant pris conscience, au moins sur l'instant, que l'on peut établir des rapports sociaux plus raisonnables et plus généreux, en somme plus vertueux.
A nouveau dans le cadre du Théâtre de verdure, La Grammaire d'Eugène Labiche a enthousiamé la foule des grands jours et de ce fait, certains spectateurs ne se sont pas trouvés installés bien confortablement. La bonne humeur régna tout au long de la représentation de cette comédie. Le grand secret d'un élu, et futur élu à d'autres sièges plus importants, ne connaît pas l'orthographe. Jusqu'à présent, sa fille rédigeait pour lui. Mais voici que celle-ci est demandé en mariage par un jeune homme pour qui elle a du sentiment mais ne sait pas la grammaire non plus. En découlent nombre de situations cocasses où l'on rit de bon coeur.
Dans le théâtre du château, Les Mamelles de Tirésias, tout d'abord drame de Guillaume Apollinaire -créé en 1917- puis opéra-bouffe de Francis Poulenc -créé en 1947- ont été représentées sous les deux formes. Il ne faut chercher aucune logique dans ces textes qui se heurtent à chaque détour à la pensée rationnelle. On y ridiculise la guerre, le rôle de l'homme et de la femme, l'économie, et ceci tout en drôleries et facéties diverses, voilà de quoi déranger toute l'organisation d'une société bien-pensante par quelques pistes de réflexion. Cette soirée fut parfaite par la quatlité des oeuvres, les différents acteurs, la mise en scène, les costumes.

Nous devons maintenant attendre une année avant de retrouver tous les bienfaits de ce merveilleux festival, l'enchantement procuré par ce lieu plein de charme.