Peu importe où, peu importe quand. La nuit était tombée et nous nous rendions en voiture au point de départ de notre traditionnelle randonnée nocturne qui précède les fêtes de fin d'année. La journée avait été très froide et au fur et à mesure que nous avancions, la température extérieure affichée dans la voiture baissait jusqu'à atteindre -17°. Nous peinions à croire que ce pouvait être si bas.
A la descente de voiture, au lieu de rassemblement, le froid nous gagnait fatalement en attendant que tous les participants soient arrivés et nous ne pouvions rester sans bouger mais personne n'aurait osé avouer qu'il craignait de ne pas supporter l'épreuve. La bonne humeur ne faisait cependant pas défaut, les sourires étaient là, sur tous les visages d'autant plus que le temps était clair, les étoiles bien présentes.
Et nous partîmes sur un chemin inconnu dans des paysages noirs, bleu nuit et blancs. De loin en loin, une ferme éclairée nous servait de repère. Nous troublions le calme de cette campagne où nos pas avilissaient la neige, où nos bavardages réveillaient sans doute quelques animaux transis. Un cheval bien pourvu de son pelage d'hiver, intrigué vint nous saluer.
La marche nous avait réchauffés.
Soudain, un peu en hauteur, les lumières de la ville apparurent, nous sortions de l'inconnu. C'est à cet endroit que nous fîmes la pause pour nous réconforter -en avions-nous vraiment besoin ?- d'un vin chaud richement parfumé de cannelle, de cardamone, de girofle en dégustant quelques fruits déguisés. La gourmandise était intacte.
Nous reprîmes le chemin avec le même enthousiasme, la même bonne humeur et peut-être même un peu plus. Nous étions bien tous ensemble, réunis par un intérêt commun. La soirée s'est achevée par un repas pris en commun, nous retrouvions la lumière et la chaleur d'un lieu de vie.
Avant de partir, chacun avait hésité quant à la tenue adéquate pour parcourir quelques kilomètres dans les vignobles sur les territoires de Buxy et Montagny. Le soleil de ce dernier jour d'été valait bien celui des mois précédents par la chaleur qu'il émettait. Et pourtant la végétation et l'activité nous signifiaient que les jours d'automne s'annonçaient clairement. Souvent, notre petit groupe progresse avec dynamisme mais contrairement aux habitudes, ce jour-là, l'allure et les bavardages confirmaient notre désir de profiter à la fois de nos retrouvailles et du cadre. Notre parcours fut rythmé par de nombreuses gourmandises : raisins, noix, quetsches et pêches de vigne à savourer sur les bords des chemins.
Me voici de retour d'une semaine de randonnées à Montgenèvre. Ces évasions du quotidien sont pour moi un moment nécessaire pour retrouver forme et optimisme. J'ai séjourné avec beaucoup de plaisir dans ce village situé à la frontière franco-italienne et, par chance le temps étant favorable aux escapades en montagne, j'ai pu partir pour de belles balades d'autant plus plaisantes qu'en cette fin de saison les chemins étaient peu fréquentés. Il m'est toujours agréable de me retrouver seule avec moi-même au sein de cette montagne que j'ai le sentiment de posséder à ce moment-là.
Montgenèvre a évolué, beaucoup de constructions ont été érigées mais le village resté à taille humaine garde son intimité. Chaque randonneur peut y trouver des balades quel que soit son niveau. C'est aussi un site chargé d'histoire qui fut incendié par le Duc de Savoie en 1 706, occupé par l'Italie pendant les premières années de la Seconde Guerre Mondiale (1 940-1 942) et par l'Allmagne ensuite (1 942-1 945).
Des chemins mènent aux sommets où sont bâties les fortifications qui subsistent de ces époques troubles : Fort du Chaberton, Fort du Janus, Fort des Gondrans, et aussi aux sources de la Durance, aux alentours de Mongenèvre pour profiter de différents points de vue sur les vallées françaises et italiennes.

Sur les chemins de montagne, fréquemment, les marmottes se font repérer à cause de leurs sifflements. Cette fois, elles ont été très faciles à localiser, à quelques mètres du chemin, à jouer, à faire des roulades, à se bousculer comme des enfants chahuteurs, deux groupes de deux. Ce fut un vrai bonheur de m'attarder, silencieuse et immobile. Le temps ne comptait pas bien que je sois encore à bonne distance du but. On aurait dit qu'en ce mois de juin, sans doute peu inquiétées par les randonneurs, elles étaient moins méfiantes et avaient oublié la prudence. Il a fallu poursuivre la route et quelques dizaines de mètres plus loin, juste au bord du chemin, celle-ci se dressait sur le rocher surplombant son terrier. Elle n'a pas attendu que je parvienne à sa hauteur pour s'engouffrer dans l'une des galeries de son domicile.
Nous nous retrouvons dans la bonne humeur, prenons des nouvelles les uns des autres avec enthousiasme ou mesure. Nous sommes plus discrets avec ceux que nous connaissons moins, ceux qui se joignent plus rarement à notre groupe de randonneurs.
Il y a de la gaieté, de l'insouciance, de la douceur dans l'air et le vent tiédie par le soleil printanier nous donne à penser aux beaux jours à venir. Alentour, les collines se voilent d'une brume légère.