J'étais libre et j'avais pour quelques jours une envie d'ailleurs, même si ce n'était pas très loin, de dépaysement, de contact avec la montagne. Et j'étais arrivée dans le Vercors dans un environnement inhabituel du fait de la géographie et de l'histoire de cette région où je ne pouvais échapper aux souvenirs de l'occupation et des événements de la seconde guerre mondiale.

valchevrierebelvedereJ'étais montée de Villard-de-Lans par Bois Barbu. Dès le Belvédère de Valchevrière, les documents, panneaux explicatifs et stèle commémorative, suscitent émotion et gravité et invitent les visiteurs à retenue et décence à la pensée des drames vécus par ceux qui refusaient de vivre contraints, opprimés. C'est à cet endroit que le lieutenant Chabal et ses hommes se sont sacrifiés pour retarder la descente ennemie vers le village et sont morts les armes à la main.

De ce lieu qui domine les Gorges de la Bourne, j'ai descendu le vieux sentier en direction du village. Cette voie pavée de blocs de pierre était un paisible lieu de passage parcouru par des muletiers et des tombereaux jusqu'en 1895 et reliait le plateau d'Herbouilly à la Vallée du Rhône.

Au coeur d'une clairière, Valchevrière fut un village prospère et actif tant qu'il fut lieu de passage, c'est à dire avant l'ouverture des routes des Gorges de la Bourne au XIXème siècle. A la veille de la seconde guerre mondiale, quelques personnes âgées y demeuraient encore et des charbonniers occupaient les fermes délaissées. Le village se mourait.

En 1944, le hameau devint un camp d'entraînement pour la Résistance en Vercors, les hommes  étant ravitaillés par une population favorable. Le 22 juillet, une partie de l'armée allemande du Général Pflaum parvint sur place. En deux jours,  à la suite d'un combat très inégal, les Allemands vinrent à bout de la résistance des maquisards bien inférieurs en nombre et en armes. Puis ils incendièrent les maisons avec des grenades au phosphore.

De Valchevrière, il ne reste que la chapelle intacte.

Valchevri

Le "Plan Montagnards" mis sur pied, accepté par Jean Moulin, puis approuvé à Londres par le Général de Gaulle, qui prévoyait au moment du débarquement en Provence le parachutage d'alliés et d'armes lourdes pour couper les lignes arrière allemandes dans les vallées du Rhône et de l'Isère ne sera jamais appliqué. Les alliés occupés sur le front de Normandie n'enverront jamais les troupes et les armes lourdes. Au moment du combat, le Vercors était resté seul et mal équipé.